Roman en cours d'écriture

Narcoses, mon troisième polar, sortira au printemps 2013, aux Editions In Octavo.

Mon dernier roman, en cours d'écriture, n'est pas un roman policier. On y retrouve néanmoins Jules, égaré en lui-même et dans le no man's land d'un hôpital psychiatrique. Roman épistolaire dans sa deuxième partie.

 

Extrait 1, 1ère partie :

 

L’homme replet est parti. Avant de se glisser hors de la chambre, il a déposé un baiser sur son front, et ouvert la serviette noire sur la table. En a extrait un ordinateur qu’il a mis en marche, lui a glissé à l’oreille avant de s’évanouir :

- Si tu ne peux pas parler, au moins écris.

Il contemple à présent l’insolite objet qui rayonne d’une lumière factice, tandis que  celle du jour décline, dans le châssis plus large de la fenêtre. Dans quelques heures, il verra se lever Vénus. En attendant son regard revient au cadre plus modeste mais hypnotique de l’écran, et il tire à lui la table pour mieux le regarder.

Des dizaines de points singent maintenant les astres nocturnes, entraînant son œil dans les profondeurs d’un noir numérique. Sa main frôle le clavier, appuie sur une touche au hasard, et l’écran s’illumine. Il regarde ses doigts caresser le clavier, étranger à ce dialogue ancien avec la machine, et voit soudain apparaître l’espace vierge d’une page. Cette blancheur lui donne le vertige. Il veut détourner la tête, mais ne peut pas.

Alors ses doigts, timidement d’abord, puis fiévreusement, s’enfoncent dans la courbure ergonomique des touches. Les mots surgissent, noircissent l’espace vierge de la page, conquérants ordonnés, de la gauche vers la droite, de ce chaste interface. Le rythme de la frappe s’accélère par moments, comme s’il y avait urgence à dévider la longue suite de ses silences, il trébuche sur un nom, corrige et reprend, s’acharne sur un verbe,  écoute monter en lui en même temps que le rythme effréné de la frappe la musique des mots.

Il s’arrête soudain et contemple, troublé, l’effet de la course folle de ses doigts sur la machine. Il s’approche encore pour mieux voir l’écran brouillé de signes noirs. Le sens s’organise, des images surgissent de ce flot de signes charbonnés, stigmates écorchant la chair hâve de l’écran. Cet espace lui ressemble, s’avère sa peau jumelle, livide et trouée de milliers de pixels, dépressions cutanées et microscopiques qui constituent son corps, sa matière, son être, d’où perle un insondable chagrin.


Chaque lettre est une cellule qui la pleure.


photo vénus n b

 

 

Extrait 2, 2ème partie :

                                                                                                                                                                                 
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          21 juin


Marcelle,

L’infirmière a laissé la fenêtre ouverte. J’attends la fin de la journée la plus longue de l’année. Quelle année ? Je n’ai pas demandé. Je ne parle toujours pas, malgré les mots  qui affleurent parfois dans ma gorge, et viennent par nausées. J’ai peur de ce que les mots pourraient dire. Je regarde Vénus paraître chaque soir quand le soleil s’éteint.

Toujours, je m’étonne à la vue de cet astre qui se fortifie de l’agonie de l’autre. J’ai plaisir à voir le soleil décliner sous cette petite planète aux allures d’étoile dont l’ardeur croît au contact de l’astre pâlissant. Le soleil se retire et elle paraît, nue sur le drap d’encre du ciel, toute vibrante du plaisir de l’avoir évincé. Vénus est sans mémoire. Elle oublie chaque nuit qu’il reparaît toujours, et savoure sa victoire avec la même ardeur candide, jusqu’à ce qu’étonnée, elle sombre dans l’anonymat d’une lumière diurne inondant le ciel.

La planète amnésique tarde ce soir à m’éblouir, elle se fait attendre. Cher petit astre qui doit ta visibilité au soleil qui  s’efface courtoisement pour te laisser briller, illuminer le ciel de ta grâce candide, tu me touches par ta fragilité ! Qu’il s’en aille vraiment et tu n’existes plus. Mon regard aveugle te chercherait en vain dans l’espace éternellement morne déserté par le vieil astre las.

Mais le vieux Phébus, chaque soir, se laisse prendre à ton charme  enfantin, il rougit, honteux des pensées que tu lui inspires, et s’incline, confus, derrière l’horizon. Sa présence bienveillante, derrière ce paravent à vos amours morganatiques, encourage ton audace et tu prends tes allures d’étoile, fais de l’œil à Pollux et la nique à Véga et à son triangle d’été. Tu brûles d’une ardeur obscène les gaz qui drapent tes rondeurs de fille, illusionne par tous tes artifices l’œil qui se mouille à te suivre fixement dans ta folle course.

Te voilà enfin, émergeant d’un trop long sommeil, qui secoue ce solstice de ta grâce éthérée de vierge comme si le jour n’était resté que pour t’apercevoir. Et tu brilles en effet à mes yeux, dans l’inconscience crasse de ta condition de chimère.  Je ne t’en admire pas moins, cher leurre, délicieuse imposture qui fait aimer le ciel !

 


Ain't no sunshine,
Bill Withers

 

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  • : Site de Nathalie Garance, auteur de romans policiers et thrillers psychologiques (Le sourire de l'ange, Folles coches, parus aux Editions Mutine. Biographie, extraits du livre, personnages : le commissaire Elée, amateur compulsif de mélanges de café, Marcelle et Théodore...
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