Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Cinémathèque

Outre la lecture des livres, un certain nombre de films nourrissent mon imaginaire.

Au premier rang, ceux de David Lynch, dont le cinéma onirique me parle tout particulièrement. Lynch crée avec une grande liberté des oeuvres dont il n'a jamais au départ une idée très précise, mais dont il a toujours une intuition (qu'il nomme ses "abstractions") et qui naissent sous ses yeux durant le tournage. Les acteurs qu'il dirige se disent tous désarmés, et en même temps particulièrement stimulés par la maigreur du script qu'il leur soumet : ils sont invités à user de leur liberté pour jouer les démiurges. Indicateur sensoriel clé de cet univers que le metteur en scène porte en lui : la musique du film que Lynch compose souvent avec son complice, Angelo Badalamenti, et qui accompagne toujours le tournage.

Le long métrage Twin Peaks, Fire walk with me a été créé en 1992, à la suite d'une série réalisée par David Lynch et Mark Frost en 1990 pour la télévision : Twin Peaks, qui a révolutionné les séries TV aux Etats-Unis. La même liberté préside au tournage de cette série : l'un des personnages clés de l'intrigue va, par exemple, naître un jour où l'un des hommes travaillant sur le décor déplace une commode. Lynch, saisi par l'air inquiétant du bonhomme qui lui apparaît comme dissimulé derrière le meuble, lui demande s'il veut bien tourner quelques essais et crée le personnage de Bob.

L'originalité de cette série, outre son esthétique et son atmosphère typiquement lynchéenne, faite de familière étrangeté, est qu'elle met en scène toute une série de personnages secondaires d'une telle poésie qu'ils deviennent les héros/anti-héros de cette histoire qui, comme chaque oeuvre de Lynch, offre une multitude de lectures possibles (parmi lesquelles une lecture policière et une lecture fantastique). L'intérieur des maisons est filmé parfois en grand angle, ce qui introduit une distorsion de l'espace proprement inquiétante et fait des lieux intimes le terrain de tous les dangers.

Le film sorti deux ans après retrace les dernières heures de Laura Palmer, la jeune fille dont le meurtre va constituer le point de départ de la série télé.

Extrait (Twin Peaks, Fire walk with me) :

 

 

Mulholland drive, sorti en 2001, est un des films les plus troublants de Lynch. Il y écorne férocement le mythe hollywoodien à travers les figures mafieuses de producteurs occultes, qui décident tyranniquement de tout, dans un univers cinématographique où les metteurs en scène n'ont plus le final cut depuis longtemps. A travers, aussi, la figure ambiguë d'une jeune femme broyée par la fabrique des rêves. La sensualité de Lynch éclot dans ce film avec une puissance troublante. Son humour parfois féroce s'y déploie aussi pour notre plus grand bonheur...

Chef d'oeuvre de mise en scène où l'on retrouve les thématiques chères au réalisateur (la familière étrangeté, la femme duelle, la manipulation...), Mulholland drive est l'un des plus beaux films de David Lynch, dont on ne ressort pas indemne.

Extraits :

 

 

 

A signaler, l'excellent ouvrage de Michel Chion consacré à Lynch et publié aux Cahiers du cinéma dans la collection "Auteurs", ainsi que les Entretiens de Chris Rodley avec le réalisateur, également parus aux Cahiers du cinéma :

 

 

Lynch couverture

 

Lynch-2.jpg

 

 

L'univers de Pedro Almodovar est aussi pour moi une source inépuisable de plaisir esthétique. Ce qui frappe avant tout dans le cinéma du réalisateur espagnol, c'est la lumière (que l'on identifie dès le premier plan du film) et la couleur. Almodovar aborde avec un humour peu commun des questions telles que l'identité sexuelle, la maladie, la férocité des rapports hommes-femmes, l'inceste et le viol, dans une Espagne haute en couleurs et chargée de souvenirs d'enfance (le cinéma ou le vieux théâtre de quartier y sont omniprésents). Le génie du réalisateur consiste à livrer un récit généralement rocambolesque, ancré dans un quotidien souvent sordide, dont les personnages, à la fois ordinaires et marginaux, incarnent l'humanité dans ce qu'elle a de meilleur et de pire.

Le premier plan de Volver est à l'image de la fantaisie et de l'énergie des personnages féminins d'Almodovar, inéxorablement plongés dans une réalité sordide : on y voit quatre femmes nettoyer énergiquement des tombes dans un petit cimetière de la Mancha, région dont le réalisateur est originaire. L'une d'elle nettoie sa propre tombe, en prévision d'une mort qu'elle sent proche, avec la même gaîté que les trois autres, venues honorer la mémoire de leurs "chers" disparus, parmi lesquels un père incestueux...

 

Extrait :

 

 

 

 

 

À propos

Site de Nathalie Garance, romancière.