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01 Jul

Le sourire de l'ange

Publié par Nathalie Garance

Le sourire de l'ange
Extrait du Sourire de l'ange, mon premier roman publié en 2009 aux Editions Mutine. Suivi de quelques articles de presse.
Cliquez sur l'image vidéo en bas de page pour une lecture accompagnée de musique (Purcell, King Arthur, What power art thou ?, par Andreas Scholl).

Extrait :

Une vague de douleur balaya son ventre et il émergea au milieu du désordre qui constituait son environnement familier. Il était tombé au matin, assommé, sur son lit sans même se dévêtir, et une trace de sang séché sur sa main ranima ses souvenirs. Il songea avec délice aux femmes qui passaient dans sa vie comme des comètes, recréant l’éblouissement initial le temps d’une rencontre. Il détestait être quitté, et voulait par-dessus tout conserver la maîtrise de cette ultime initiative. Il lui appartenait désormais de décider quand l’histoire devait s’achever, et n’était pas prêt à renoncer à cette prérogative. Il revit la pâle figure sous son capuchon carmin, et songea avec amusement au petit chaperon rouge qui, à n’en pas douter, avait rencontré le loup ce soir là.

Il quitta ses vêtements et se glissa sous une douche brûlante. Un peu de sang tachait encore la cuve, et il se baissa pour le saisir entre ses doigts et le voir s’échapper à nouveau, comme tout ce qu’il tentait de saisir. La pensée qu’il aurait pu être un garçon normal, satisfait d’une petite vie tranquille auprès d’une jolie femme et de beaux enfants lui arracha un sourire. Car il ne pouvait serrer une fille dans ses bras sans avoir envie de faire taire son inutile bavardage. A quoi bon parler quand les mots sont impuissants à exprimer le dixième de ce que l’on ressent ? Peut-être ses sentiments étaient-ils réellement inexprimables, peut-être n'existait-il aucun mot pour les rendre. Il lui semblait que s’il les avait trouvés il les aurait vomis en effet, tant leur sens le rendait malade.

Il n'avait pas agi pourtant sous le simple effet de la colère, mais avait choisi cette belle forêt normande, dont les hêtres témoins recueilleraient son récit, comme d'autres arbres, ailleurs, l'avaient fait. Il suffirait pour cela d'une oreille sensible aux plaintes que le vent tirait aux arbres, d’un œil capable de décrypter le langage subtil des signes qui habitent les bois, logent sous les pierres et saillent dans le relief compliqué et rugueux des écorces. D’un odorat rompu aux nuances olfactives de la terre, gonflée comme une éponge, où pourrissent les corps minuscules des insectes, ou ceux des mammifères rôdant dans la forêt et surpris un jour par quelque prédateur. Il aimait la terre, nourriture et linceul, d'où tout provient et où tout retourne, dans la bouillie originelle de l'infiniment petit. La terre où brille, parfois, une tache inattendue qui attire l'œil et la main. Il songea, en voyant glisser entre ses pieds un mince filet de sang dans la bonde, aux boîtes de peinture offertes par son oncle pour ses dix ans et que sa mère avait jetées à la poubelle sitôt qu’il avait eu le dos tourné.

Un soir, en rentrant de l’école, il chercha en vain ses boîtes. Il descendit à grands bruits l’escalier en chêne de la maison et tira sur la robe de sa mère.


- Maman, où sont mes boîtes de peinture ?


Sa mère le décolla illico de sa jupe et lui secoua les poignets en serrant juste assez pour faire mal, mais pas suffisamment pour lui faire lâcher tout à fait prise.


- Ne me dis pas que tu les as déjà égarées ? Je me demande pourquoi l’on s’obstine encore à te faire des cadeaux, toi qui perd et casse tout ce que tes doigts touchent…


Elle avait pris ceux-ci dans ses mains à et les examinait à présent un à un. Un pli de dégoût se dessinait sur ses lèvres serrées tandis qu’elle les observait.


- File plutôt te laver les mains. Dieu seul sait où tu les fourres pour les mettre dans un état pareil !


Elle le poussa vers la porte de la cuisine et il monta vers la salle de bain, le dos courbé, ruminant sa vengeance. Elle savait où ses boîtes se trouvaient, elle les avaient eu entre les mains, de cela il était sûr. Une lueur amusée et satisfaite nageait dans les yeux de sa mère, ne révélant qu’à lui, tacitement, la présence du mensonge.

Il passa dans la salle de bain, ouvrit les robinets de la baignoire à fond et redescendit discrètement dans le salon. Il prit tous les flacons d’encre dont elle se servait pour faire de la calligraphie et remonta vers la salle de bain. Il les ouvrit un à un et les répandit dans l’eau de la baignoire, puis se déshabilla et se glissa dedans, jouissant de la brûlure de l’eau, de son étrange odeur et de la teinte sombre que revêtait sa peau.

Alertée par le bruit des robinets poussés à fond et par les gouttes d’eau noirâtre qui commençaient à perler au plafond, sa mère arriva en courant et hurlant dans la salle de bain. Elle s’arrêta au seuil de celle-ci, interdite. Il lut sur son visage une stupeur qui l’emplit d’un bonheur intense, et se dressa nu hors de l’eau, la défiant du regard, les poings serrés, le corps raidi de rage. Il sentit qu’elle défaillait, et sourit lorsqu’il perçut la peur dans son regard affolé. Elle finit par réagir, se précipita sur les robinets pour les fermer, ce qu’elle eut toutes les peines du monde à faire car dans sa colère il les avait serrés de toutes ses forces. Puis elle libéra la bonde et se précipita pour éponger le sol, le laissant grelottant mais radieux au-dessus de cette eau qui foutait le camp.

L’eau qui coulait le long de son corps était claire à présent. Il saisit la bouteille de savon liquide et se lava sans gant. Les articulations et l’intérieur de sa main gauche étaient douloureux. Il se lava avec douceur, jouissant de la légère brûlure occasionnée par le frottement de sa paume sur sa peau. Il était en vie et elle était morte.

Presse (cliquez sur l'article) :

Le sourire de l'ange

Paru dans Le Courrier de Mantes, mercredi 15 juillet 2009

De la philo au polar

Professeur de philosophie au lycée Sédar-Senghor, Nathalie Garance publie « Le sourire de l’ange » aux éditions Mutine.


Nathalie Garance a sans doute ces jours-ci le sentiment d’un double devoir accompli : enseignante de philosophie au lycée Sédar-Senghor, elle a comme il se doit mené ses élèves au baccalauréat, et, en parallèle, elle dédicace son premier roman, paru il y a quelques semaines aux éditions Mutine.

Des personnages complexes

Loin d’être un passe-temps, l’écriture est essentielle pour cet auteur, qui y consacre temps et attention. Le baccalauréat passé, Nathalie Garance va d’une librairie à l’autre. Le 11 juillet, elle dédicaçait à Houdan, le 18 elle signera à la librairie Au rendez-vous quotidien, à Saint-André de l’Eure. Puis, à la rentrée, elle participera à des salons et continuera ses dédicaces en librairie.

Un roman policier, une évidence pour cette prof qui juge que ce genre littéraire et la matière qu’elle enseigne ont à voir entre eux. « Dans les deux cas, il s’agit de reconstruire du sens à partir d’histoires singulières », explique-t-elle. Nathalie Garance marque également un profond intérêt pour l’humain. Certes la philosophie n’est pas absente du récit, mais elle n’apparaît que de temps en temps. Ses personnages sont, comme dans la vie, simples et complexes : un commissaire énigmatique, son amie du moment, Marcelle, universitaire ayant choisi la compagnie des fauves au parc zoologique.

Il y a aussi un capitaine, adjoint du commissaire, nommé Marc Antoine, traînant le nom de celui qui vécut avec Cléopâtre, et d’autres personnages encore, gravitant autour de l’histoire. En filigrane, Nathalie Garance aborde le thème de l’inceste, celui du désir, de la troublante relation qui peut, par moments s’établir entre un homme et une femme, quand le désir amoureux se transforme en détestation et en source de violence.

Les personnages du livre ne sont pas policés, et si ce commissaire a un goût prononcé pour la vue des grands espaces, il peut se montrer violent, et son histoire personnelle semble chargée. Chaque personnage a sa vie propre, le lecteur ne sachant jamais si les indices livrés sur sa vie, son caractère, servent l’intrigue, ou sont là pour simplement donner de l’épaisseur aux acteurs du récit.

En lisant ce roman, qu’on a bien du mal à lâcher, on ne peut s’empêcher de penser à cette veine d’auteurs français de polars, ces femmes comme Brigitte Aubert ou Fred Vargas qui ont renouvelé le genre.

On pourra retrouver le commissaire dans les autres romans de Nathalie Garance, le second, « Folles Coches » sortant dans quelques mois, le troisième étant en écriture. Nathalie Garance n’est pas venue récemment à l’écriture, même si c’est sa première publication : J’écris des nouvelles depuis vingt ans , explique-t-elle, et c’est la lecture de cette génération d’écrivains français de romans policiers qui m’a poussée vers ce genre ».

Le sourire de l'angeLe sourire de l'ange
Le sourire de l'angeLe sourire de l'ange

Cliquez sur l'image pour une lecture accompagnée de musique :

Commenter cet article

click here 21/02/2014 13:29

LOL! The extract of the book itself is really tempting and compelling to read the book. The way the author has rendered the story is very much appreciable. I will definitely try it out for sure. Thanks you for sharing.

En savoir plus 15/08/2013 15:45

Merci!

Nicole Goget Il y a 2 ans 01/07/2013 15:34

Pas fan de polar mais jules est très attachant et donne envie de mieux le connaitre,donc hate de lire la suite de ces aventures qui finalement me passionnent.

Laure Il y a 2 ans 01/07/2013 15:34

Je trouve que ce roman est vraiment au-delà du stéréotype d'un roman policier ! Nathalie Garance arrive à maintenir un suspense jusqu'à la fin du livre, même si celui-ci ne tourne pas autour de
l'assassin. Les personnages sont très attachants, et la base de l'histoire est centrée sur la personnalité complexe de Jules.
Je suis entrée dans le monde de Jules et Marcelle, et j'attends donc la suite avec impatience !

Alain Deparis alias Angus de la grande crimerie Il y a 2 ans ns 01/07/2013 15:33

Une enquête policière où la part belle est donnée aux personnages. La complexité du Sourire de l'ange réside dans la profondeur des protagonistes les rendant attachants par leurs vulnérabilités et
traduisant bien les rapports entre les êtres.

Bernard Chatelet Il y a 2 ans 01/07/2013 15:33

Peu amateur du genre polar - même si j'ai participé à l'écriture de 2 micro-polars- j'ai particulièrement apprécié Le sourire de l’ange de Nathalie Garance. Pour son ambiance, pour ses personnages
et pour toute cette réflexion - parfois de haute culture- qui enveloppe le récit. Un excellent moment de lecture...

Baptiste Pirony Il y a 2 ans 01/07/2013 15:32

j'ai lu sans pouvoir quitter ni les personnages,ni la musique du texte ce premier roman troublant. Que vient faire cette" folle coche" dans les prochaines aventures de Marcelle et Jules ? On a hâte
de le savoir , ne tardez plus Nathalie !!!

À propos

Site de Nathalie Garance, romancière.