Samedi 2 juillet 2011 6 02 /07 /Juil /2011 09:16


Bruegel sortie

Qui ne connaît le vieil adage : "il y a un cochon qui sommeille en chaque homme" ? Le commissaire Elée va découvrir, à ses dépens, qu'il existe une version -que dis-je- des versions féminines de la coche qui sommeille en chacune...
  Extraits :


Ces bêtes étaient mises en scène dans des situations illustrant des expressions populaires dans lesquelles le cochon avait le beau rôle. Rudy se distingua particulièrement dans celui du porc cuirassé mangeant comme un cochon, ce qui n'était pas facile pour un mammifère édenté, scénette opportunément programmée en fin de spectacle, après que les spectateurs se furent restaurés. Jules compris pourquoi le spectacle était défendu aux enfants quand les acteurs montrèrent  comment l'on devient copain comme cochon et ce que signifie garder les cochons ensemble. La serveuse s'activait discrètement pendant le spectacle, secondée désormais par un homme plus âgé, d'un sérieux impeccable tandis qu'il posait sous le nez de Jules les Queues de cochon marin salées à l'ancienne, indifférent à la portée de cochons de lait qui tétaient encore une jeune truie que la nature n'avait pas équipée pour une portée si nombreuse. (...) Au bout d'une heure en complète immersion dans ce monde étrange, il sentait en lui le cochon qui sommeille s'éveiller sérieusement, et sourit à Rudy qui, surgissant derrière la jeune truie, feignait de ne pas retrouver ses petits dans le désordre de la scène.



Bruegel porc


Les doigts de Jules batifolaient nerveusement sur le papier blanchâtre. Il leva les yeux vers la statue massive au-dessus de lui. Pascal ignorait superbement ses pérégrinations érotico-morbides, les yeux fixés sur la ligne vague des volcans, au loin. Jules chercha la silhouette rassurante du Puy-de-Dôme, et le trouva très seul dans sa hauteur un peu crâne. Il ne crachait plus rien, lui non plus. Pas la moindre rumeur inquiétante d'une montée de lave en préparation dans le ventre creux de ce géant aux formes adoucies par l'âge qui avait vidé toute sa colère. Des touristes par milliers venaient aujourd'hui ausculter avec arrogance ce ventre vide, ce mont débonnaire, en écoutant distraitement le récit de ses exploits passés. Ce géant mort était vert pourtant, du vert gorgé d'eau des tableaux de Bruegel, une végétation rare y poussait encore, ravissant l'amateur de la flore locale, suscitant la convoitise des enfants chahutant dans les creux sombres de son flanc. Jules détourna son regard du volcan éteint, et froissa dans sa main la lettre de Marcelle, dont le chant régulier pénétrait peu à peu la pulpe de ses doigts. Ses ongles entrèrent doucement dans l'épaisseur épaisse de la paume, coupant en de petites rigoles identiques les lignes de sa main. Lui aussi percevait la rumeur, comprenait qu'elle ne l'avait jamais quitté.


Auvergne-copie-2.jpg
Elée commanda à Maxime une bouteille de bourbon. Celui-ci, embarrassé, grommela quelques mots en essuyant d'un geste machinal la table qui n'en avait pas besoin :

- On pourrait commencer par un verre, commissaire...

Elée regarda le barman d'un air glacial.

- Je crois que je parle français, Oxymore. Tu as quelque chose contre l'hyperbole ?

- J'ai quelque chose contre ses effets. L'exagération produit la démesure. Vous savez ce que les Grecs pensent de la démesure ?

- Je m'en fous.

- Vous avez tort. Elle est la cause de tous les maux humains.

- Tu ne manques pas d'air. Comment concilies-tu tes préoccupations morales et ton travail, Maxime ?

- En prônant la mesure. Lorsque cela ne suffit pas, je cesse de servir le client.

- Et tu l'envoies dans un autre bistrot ?

- Je lui conseille de rentrer chez lui. Et de parler avec sa femme.

- Et s'il n'a pas de femme ?

- Maxime désigna la scène chichement éclairée où, dans quelques minutes, s'activeraient les artistes nocturnes du Philéas Bar.

- Je lui en propose une pour quelques heures. Le temps qu'il retrouve ses esprits.

- Et qu'elle vide son portefeuille.

- Il faut savoir classer les problèmes, commissaire. Comme le disait l'homme du square, celui des Pensées, certaines choses ne peuvent être rapprochées car elles sont incomparables...

- Tu parles de l'être humain et de sa supposée valeur marchande ?

- Non. Du coût dérisoire d'une petite turlute comparé aux effets ravageurs de la dépression nerveuse.

Maxime s'éloigna sur ces mots, laissant Jules rêveur.


Pascal-copie-1

Petite mise en bouche :


Menu-Folles-Coches-3.jpg

Pourquoi n'y a-t-il que de la confiture proposée en dessert de ces curieux menus ? De quelle scène étrange Elée sera t-il témoin dans ce mystérieux cabaret, qui lui fera passer le goût du Marsouin dans son jus de truffes ? Pourquoi le commissaire s'intéresse-t-il plus aux tableaux de Bruegel qu'aux calendriers de camionneurs ? Et surtout quels  rapports Marcelle entretient-elle avec les rhinocéros ?

Vous le saurez en lisant Folles Coches, la suite des aventures du commissaire Elée.



Bruegel-oeuf.jpg

 

 

Sin tu amor, A. Bocelli et Mario Reyes
Par Nathalie Garance
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