Mieux que le petit blanc pris sur le zinc, qui vous fait regretter de vous être épanché un peu trop auprès de parfaits inconnus, le café crée du lien. Il permet à notre peu sociable commissaire de séduire Marcelle ("je ne connais personne qui fasse le café mieux que toi. (...) C'est un motif sérieux pour s'intéresser à un homme" *), voire même de soigner un symptôme post-strangulatoire ("Ils burent tranquillement leur café. Un peu de couleur revenait sur les joues creuses d'Elée. L'effet de la parole, enfin retrouvée. Et du divin breuvage" **).
Dans Narcoses, le prochain opus des aventures du commissaire Elée, Jules prend toute la mesure de
l'importance de ce petit rituel.
Extrait :
La préparation du breuvage s’effectuait tous les jours selon un rituel immuable, au cours duquel chaque homme, à tour de rôle, choisissait minutieusement un café, en fonction de l’ambiance et de l’humeur dominante. Elée, qui s'était pris au jeu, avait, en épicurien récemment converti, élevé le rituel au rang de thérapeutique. L’objectif était de corriger, chaque jour, les désordres psychiques, la fatigue, la peine parfois qui venait se loger dans l’esprit mis à rude épreuve des gardiens de la paix sociale. Chacun avait sa stratégie à cet égard. Pour Elée, la paix ne provenait pas de l’absence de conflits, mais de leur dynamique. Ses mélanges étaient donc d’heureuses associations de principes aussi généreux qu’aromatiques, dont le choc réveillait le palais sans qu’aucun des composants ne vienne jamais à dominer, si bien que l’on passait le reste de la journée à supputer sur l‘identification des responsables de cette délicieuse alchimie. Cette recherche constituait un bon entraînement pour les neurones des enquêteurs, et avait l’insigne avantage de solliciter d’abord les papilles. Maheut était connu, lui, pour ses mélanges hasardeux, victime de ses balbutiements de néophyte. Ils produisaient néanmoins par moments d’heureux effets, prouvant que le hasard pouvait bousculer très opportunément les certitudes.
* Le sourire de l'ange
** Folles Coches
Rien de mieux qu’un chat pour vous accompagner dans la solitude. Ses pattes sont conçues pour amortir le moindre bruit, ses déplacements, passé l’âge facétieux de l’extrême jeunesse, sont aussi discrets que l’ombre qui suit votre corps. Il peut même vous oublier pendant de longues heures, tapi dans la chaleur de quelque lit, lové dans la ronde posture du sommeil, que rien ne viendra déranger. Sa conversation se passe des mots impropres à exprimer les pensées, préférant le langage du corps. Celui des yeux, surtout, dont les pupilles capturent, outre la lumière, les émotions et les pensées des hommes qui les regardent. Et l’observateur étourdi s’étonne, à ses dépens, de voir dans les yeux du chat le miroir implacable de ses pensées, la nuit venue. Car l’animal libère ses pupilles dans l’obscurité, laissant fuir dans quelque obscur recoin les choses inavouables que le regard de l’homme lui a confiées. Aussi ce dernier veille-t-il sur le sommeil du chat, dont les paupières enferment, un temps, l’ineffable.
Extrait de Narcoses, le prochain opus des aventures du commissaire Elée.
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